« God Bless America », un fantasme réalisé sur grand écran

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Frank, un quinqua qui se coltine le même job de merde depuis 10 ans, est divorcé et a une fille pré-ado insupportable, il perd son travail après une nuit blanche, s’engueule avec son voisin et apprend qu’il a une tumeur. La VDM fouette à plein nez. Du coup Frank en a marre, Frank n’a plus rien à perdre, Frank s’en va-t’-en guerre. Et surtout, Frank a un gros gun et ne supporte plus la télé-réalité, ni les stars au QI proche du néant, ni les rednecks Amérique profonde, ni les cathos homophobes, ni MTV, ni les pédophiles, ni les fans de Twilight qui vont progressivement tous passer sous le canon.

A l’heure des films de super-héros sans super-pouvoirs (l’excellentissime Kick-Ass par exemple), le film de Bob Goldthwait est témoin d’une violence sans tabous et d’une justice expéditive. Ici, on ne va pas casser du voyou, mais les produits dérivés d’une société américaine lobotomisée par la bêtise et l’égoïsme. S’il n’est certes pas aussi subversif qu’un Fight Club ou qu’un Taxi Driver, et que la critique a beaucoup a envier au traitement des épisodes de South Park ou encore des classiques Les Simpsons, God Bless America s’impose comme un bon gros défouloir.

Ce curieux faux pamphlet critique constate gentiment la dégradation des valeurs morales de la société. A travers le film, le réalisateur fait un doigt à l’Amérique en criant: « Fuck la télé ! Fuck les smartphones !»

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C’est un film exutoire jouissif et agressif, une forme de catharsis un peu kitsch de toutes les petites ou grosses frustrations du quotidien ou l’on retrouve tous les plaisirs de la transgression. Puis moi, le cynisme, j’achète en paquets de lessive si il faut.  Avec ce pitch simple mais efficace, une fantasme collectif est posé: qui n’a jamais eu envie de tâter de la kalash dans un comico? Ce film ose et joue sur l’ambiguité du malin plaisir. Malheureusement, si il a des des couilles il paraît quand même bien castré à plusieurs moments.

Le début est éclatant mais l’intrigue ne fait que s’épuiser et se contenter de violence gratuite puis de clichés de ce que évidemment, est le côté férocement noir de l’Amérique du nord. Manquerait plus que McDo et Bush Senior avec un album de Saez en B.O. (que j’aime énormément tout de même) pour le grand bonheur des misanthropes. Puis la fin manque cruellement d’inspiration et de petites touches de subtilité qui auraient permis au film d’être considéré comme autre chose qu’une critique un peu sèche de la société américaine. Il ne manque pas nécessairement une morale à God Bless America, mais au moins des réelles pistes de réflexion qui lui auraient permis d’être réellement marquant et intéressant ( par exemple, il ne faut pas oublier que Frank et Roxie sont eux aussi des produits que la société à créé, et ils ne sont pas si différents de ce qu’ils abhorrent car ils bannissent la liberté d’expression par leurs idéaux; il y a aussi la décharge de culpabilité de Frank sur les parents de la gamine qu’il a tué, il les tue eux aussi car ils l’auraient mal éduqué, mais lui a également mal éduqué sa gosse, etc )
Néanmoins, l’abondance musicale, l’humour dans le décor, la satire dans les dialogues, l’allure des persos, ne sont guère ennuyants. Le duo des protagonistes s’avèrera même touchant par moments. Frank et Roxie forment un platonic couple of spree killers. Frank a un physique assez ingrat et un tour taille n’ayant rien à envier à Benny Hill. Roxy n’est pas un canon de beauté moderne. Toutefois l’alchimie avec le spectateur fonctionne.
Il faut comprendre que ce n’est pas un film subtil et intelligent mais de la brutalité pure et dure. Pour l’appréhender il faut avoir un gros sens de l’humour noir et saisir le énième degrés. Sans être véritablement exceptionnel, God Bless America est un Bonnie and Clyde hard et fun et je le recommande. Il y a des défauts, mais que j’excuse sans trop de problèmes, tant le message et la prise de position radicale du réalisateur font plaisir. Un film que je conseille sur tout lorsque vous avez une journée pourrie. Vous dormirai relax après ça.

Mention spéciale au monologue de Tara Lynne Barr faisant une déclaration d’amour « tarantinesque » à Alice Cooper.

Allé, cadeaux :

Sugar.

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