Ode au féminisme (et pas celui que vous croyez)

16580627341_722e097d10_o
Black Zack/Flickr/CC

Le mot est devenu presque tabou. Il se chuchote dans le cercle privé, est vu comme une insulte et noirci les pages des journaux. Le féminisme d’aujourd’hui, ou néo-féminisme pour les intimes, anime des débats, pour la plupart stériles. Mais quelle est la réalité et les besoins du féminisme au XXIe siècle ? Car, n’en déplaise à certains, la lutte doit continuer et n’est (hélas) pas prête de se terminer. 

Féminisme

nom masculin

(latin femina, femme)

  • Mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société.
  • Attitude de quelqu’un qui vise à étendre ce rôle et ces droits des femmes : Un féminisme actif.

Le féminisme d’aujourd’hui (en occident) n’est compréhensible et défendable qu’en remontant aux origines du mouvement. La première femme ayant réussi à médiatiser la cause du droit des femmes est Olympe de Gouges. Au lendemain de la révolution française, elle était une femme de lettres reconnue. Après avoir rédigé une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (car la Déclaration de 1789 oubliait tout simplement ces dames), elle fut guillotinée. Tout simplement. Pour avoir écrit quelques lignes améliorant un tant soit peu la situation féminine dans cette nouvelle époque « bénie » où le peuple reprit ses droits.

Il fallut attendre près de 150 ans pour qu’un début d’espoir ne vienne éclairer ses demandes. 1944 : le droit de vote est accordé aux femmes. Une mesure sans précédents qui reconnait de ce fait que la femme est un citoyen comme les autres qui est capable de son âme et conscience de participer à la vie politique de son pays. Seulement, peu de changements s’opèrent et la femme reste dans l’imaginaire collectif née pour procréer et être au service de son mari.

Ce n’est qu’après Mai 68 que des mesures révolutionnaires réussirent à secouer l’Hexagone. Le Mouvement de Libération des Femmes, inspiré du Women’s Lib de nos amis Outre-Atlantique, naît à l’aube des années 70. Simone de Beauvoir rédigera notamment son célèbre « Deuxième Sexe », dans lequel la possibilité d’une femme née pour vivre sa vie selon ses idéaux et non plus pour procréer à tout prix pointe le bout de son nez. La femme se détache de la mère.

La lutte est poursuivie par Simone Veil qui, après une mobilisation sans précédent et le procès de Bobigny (acquittement d’une jeune femme qui a avorté suite à un viol), réussit à légaliser l’avortement puis le droit d’accès à la contraception.

Cependant, car il fallait bien qu’un grain de sable vienne enrayer cette histoire, la reprise des causes du féminisme par le courant marxiste a donné plus d’arguments qu’il n’en faut pour les détracteurs du droit des femmes. Réalisant qu’ayant acquis le droit de vote, les femmes pouvaient être l’élément déclencheur de leur prise de pouvoir, le marxisme a décidé de mettre fin aux luttes contradictoires qui opposaient leurs mouvements afin de rallier les féministes à leurs causes. La lutte des classes est désormais mise en parallèle avec la lutte des genres.

 Le féminisme aujourd’hui

En cette belle année 2015, soit 40 ans après la légalisation de l’avortement, des discours étonnants se font entendre dans ce merveilleux monde qu’est internet. Des mouvements divers s’affichent fièrement contre le féminisme, certains étant même menés par des femmes elles mêmes.

idn tumblr_mjuyzmWnHI1s8cxofo1_500 tumblr_msv7ggz4TU1qf7o51o2_1280 tumblr_n6edllqFAI1rt362qo4_1280

Des jeunes femmes du monde entier qui s’affichent avec des messages d’un autre âge… comment a t-on pu en arriver là ?

Car aujourd’hui, dans l’imaginaire collectif, être féministe c’est se balader les seins à l’air et attaquer des églises. C’est désirer à tout prix que les femmes deviennent supérieures aux hommes. C’est être une fille « facile » qui change de partenaire sexuel comme de chemise sans vergogne (tant bien même cela serait le cas, en quoi cela concerne t-il quelqu’un d’autre que la personne en question).

C’est « grâce » à une surmédiatisation d’actions revendiquées comme féministes que monsieur et madame tout le monde ont désormais fait ce lien. Les femen, créées en partant d’une intention louable, ne réussissent pas à faire passer leur message car elles utilisent des moyens violents. Il est important que les mentalités évolues, mais pas en froissant les gens dans leur croyance. Surtout que ces actions donnent du crédit à des mouvements dangereux voir obscurantistes, tel que le masculinisme. Ce dernier, sous couvert d’un discours « Les femmes veulent castrer les hommes, nous devons nous en protéger pour sauver l’humanité » profitent bien de certains scandales pour arriver à leur but à peine dissimuler : celui de faire perdre à la gente féminine tous les droits qu’elles ont durement acquit au fil des siècles.

Une illustration consternante provenant du site "Le Matriarche"
Une illustration consternante provenant du site matricien.org

Hélas, les hommes n’ont pas encore de soucis à se faire. La société actuelle continue à inscrire dès le plus jeune âge dans la tête de nos chers bambins une idée précise de la manière dont les choses doivent être. La question du genre prend ici tout son sens. Et les choses ne sont pas prêtes de changer quand ont voit les arguments moyenâgeux qui ont fait récemment reculer le gouvernement sur leur projet de l’ABCD de l’égalité.  

Un documentaire inspiré de « La domination masculine » de Pierre Bourdieu (et portant le même nom) a été réalisé en 2009 par Patric Jean. Il met en lumière les réalités d’aujourd’hui concernant la place des hommes et des femmes dans la société et alerte sur ce que risque de devenir la future génération.

Mais heureusement dans toute cette folie, quelques figures arrivent tout de même à être considérées via des combats féministes réalistes et pacifistes. C’est notamment le cas de l’actrice britannique Emma Watson. Désormais ambassadrice de l’ONU pour les femmes, elle défend corps et âme l’égalité entre les sexes (et non pas la castration comme il est courant d’entendre).

Pourquoi a-t-on encore besoin du féminisme ? 

Car les femmes se font harcelées quotidiennement dans les lieux publics.

Une étude édifiante sur le harcèlement dans les transports en commun a d’ailleurs récemment été publiée par  le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh). Selon leurs résultats, 100% des femmes ont déjà été harcelées dans les transports. Ou, si vous préférez des preuves plus visuelles, vous pouvez découvrir une partie du documentaire qu’a réalisée la belge Sofie Peeters, « Femmes de la rue », tourné en caméras cachées.

Car les femmes continuent à toucher moins pour travail égal.

Selon l’Observatoire des Inégalités « Le salaire mensuel net moyen des hommes est de 2 339 euros pour un équivalent temps plein en 2012, celui des femmes de 1 890 euros, soit un écart de 449 euros, presque un demi Smic. Les hommes perçoivent donc, en moyenne, un salaire supérieur de 24 % (en équivalent temps plein) à celui des femmes. Ou, ce qui revient au même, les femmes touchent en moyenne 80 % du salaire des hommes, donc inférieur de 19,2 % . »

D’ailleurs, leurs évolutions professionnelles sont elles aussi limitées (le plafond de verre, ça vous dit quelque chose ?)

graph6_octana21

– Car les femmes ne peuvent pas jouir de leur sexualité

Les femmes appréciant leur sexualité sont encore considérées comme des « salopes », des « putes » ou des « traînées » (choisissez la mention la plus appropriée) tandis que ces messieurs sont presque érigés au rang de héros.

481b915f2b40c7fcf7b627e78be7e96b

– Car les femmes « l’auront cherché »

On est en 2015 et pourtant, il arrive encore d’entendre des phrases surnaturelles dans certains lieux censés représenter la République. Exemple avec cette récente histoire, sordide à souhait, où lors du procès d’un violeur et meurtrier il a été demandé si la victime était « une fille facile  » et « une aguicheuse ».  La culture du viol est omniprésente dans notre société.

– Car les petites filles doivent « aimer le rose, les Barbie, et vouloir devenir chanteuses »

Déjà évoquée plus haut, la « théorie du genre » est hélas plus qu’une théorie, n’en déplaise à ces parents persuadés que l’ont va inviter leur fils chéri à se travestir. Et cela a donné lieu, au grand bonheur des chefs de publicités, au marketing genré. Depuis la plus tendre enfance, hommes et femmes sont soumis au même dictât nauséeux selon lequel ils doivent se passionner pour des choses « faites pour eux ». Si, malgré les grands coups de publicité soigneusement préparés, cela ne leur convient pas, la société leur renvoie un message clair : ils ne sont pas normaux.

– Car les femmes paient plus chers pour des produits qui leurs sont dédiés

Cette problématique de la Taxe Rose  a notamment été mise en lumière par le collectif Georgette Sand fin 2014. Une enquête a été ouverte à Bercy mais elle n’a pour le moment pas été publiée.

taxe-rose

– Car les femmes n’ont tout simplement pas les mêmes avantages que les hommes

Un site féministe a d’ailleurs dressé une liste pertinente de choses auxquelles les femmes n’ont pas accès

Pour conclure, il est important que chacun, hommes ou femmes, se regarde dans une glace et se demande si ce qui se passe au quotidien dans notre monde occidental (le cas de la femme dans certains pays orientaux mériterait un deuxième papier tellement il est inexistant) est normal et acceptable. Car oui, malgré des lois qui ont permis à la femme d’avoir une place citoyenne dans notre société, les stigmatisations sont encore présentes dans tous les domaines de notre vie et les choses ne pourront changer que si des voix se font entendre. Mesdames, ne vous laisser pas faire lorsque l’on vous insulte dans la rue quand vous avez « oser » mettre une jupe. Messieurs, réfléchissez y à deux fois avant de cataloguer une femme. La bataille n’est pas terminée.

Spice

Publicités

2 commentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s