Journée nationale de lutte contre l’homophobie : la situation en milieu scolaire

CC/Flickr/Paula
CC/Flickr/Paula

Aujourd’hui, c’est la journée internationale de lutte contre l’homophobie. C’est pour cela que j’ai eu envie de traiter d’un sujet un peu différent de d’habitude. En effet, la lutte contre l’indiférence, voire l’agressivité, est encore (très) loin d’être terminée, et le milieu scolaire le prouve bien.

« Sale trans, si je te croise je te bute » « Ton frangin est un PD, on aurait du le tuer à la naissance ». Ces phrases, apparemment venues d’un autre âge, ne sont pas tirées d’un sombre ouvrage de science fiction mais bel et bien de l’alarmant rapport annuel de SOS Homophobie. Pour rappel, l’association est agrée par le ministère de l’éducation nationale au titre des associations complémentaires de l’enseignement public. Les chiffres et témoignages rendus publics soulignent donc bien le climat tendu qui règne envers les populations LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) en 2015.

Avec en moyenne six témoignages par jour, SOS Homophobie recense quotidiennement des actes homophobes considérés comme banals, majoritairement en provenance d’internet, des lieux publics et du cercle familial et/ou de l’entourage. L’homophobie en milieu scolaire reste « minoritaire » par rapport à ces autres lieux mais gagne hélas en intensité depuis quelques années. Les victimes et les agresseurs sont généralement les jeunes eux même (3/4 des cas), même si le corps professoral (15%) et les parents d’élèves (4%) sont également visés dans certains cas.

Pour les jeunes homosexuels, le quotidien est difficile. Rejets, moqueries, crachats, jets de nourriture ou encore dans les cas les plus extrêmes agressions physiques et menaces de mort font partie de leur quotidien. Ces actes odieux sont le plus souvent banalisés sous couvert de l’humour, voir de l’anonymat qu’apportent les réseaux sociaux. Sur ces derniers, ont peut découvrir des phrases d’un humour douteux « #SiMonFilsEstGay, je le brûle avec de l’essence sur un barbecue devant toute la famille ».

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Les conséquences de ces harcèlements sont catastrophiques, aussi bien sur le plan psychologique pour jeunes que sur leur scolarité. Perte de confiance, peur, isolement, pensées suicidaires mais aussi absentéisme et échec scolaire sont monnaie courante.

Les agressions sont souvent commises en groupe et les témoins, élèves ou professeurs restent passifs dans la plupart des cas.

« Alexis est élève en terminale. Il a commencé sa scolarité en tant que fille et a changé de sexe durant ces dernières années. Les professeurs continuent de l’appeler Alexia sans même chercher à comprendre.» « Sofiane s’est inscrit sur un site de rencontre pour homosexuels. Ses camarades sont tombés sur son profil et se sont fait passer pour un jeune intéressé. Après l’avoir mis en confiance, ils lui ont soutiré des photos intimes et les ont diffusé dans tout leur lycée. Le jeune homme dit ne plus avoir goût à la vie depuis. » Ce genre de témoignage met donc l’accent sur l’urgence qu’a l’Education Nationale de prendre des mesures afin de faire cesser ces dérives qui n’ont plus lieu d’être à notre époque. En attendant, SOS Homophobie met en place diverses solutions afin que les jeunes homosexuels ne restent pas prostrés dans leur solitude. C’est dans ce but que le site cestcommeca.net a vu le jour en 2010. Destinée aux moins de 25 ans, la plateforme permet aux jeunes de bénéficier d’échanges suivis avec des professionnels, mais aussi de consulter des témoignages, des définitions sur le milieu LGBT mais également des listes d’œuvres culturelles homosexuelles.

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Dans un autre temps, l’association intervient dans des collèges et des lycées afin de sensibiliser les jeunes. : En 2014, 17 500 élèves en ont bénéficié dans leur établissement. Le bilan est très mitigé. SOS homophobie souligne une méconnaissance flagrante de la trans-identité, qui reste une notion vague pour la plupart des élèves, voire simplement un sujet de blagues violentes. « Ce qui m’inquiète le plus face à ce genre de réaction, c’est qu’un des jeunes soit concerné par le problème et se taise par peur. Tout notre travail n’aura alors servi à rien. » déclare l’une des bénévoles.

Les religions, quelles qu’elles soient, accentuent les réactions négative, voire les rejets brutaux de l’homosexualité. Certaines associations spécialisées existent malgré tout pour les homosexuels croyants.

Un court-métrage qui dérange

Le réalisateur Benjamin Parent connaît bien lui aussi le problème de l’homosexualité dans la société et notamment au collège. Son court-métrage Ceci n’est pas un film de cow-boy  a reçu de vives critiques. Le pitch « Quatre jeunes se questionnent après le visionnage du film Le Secret de Brokeback Mountain ». Diffusé à Cannes en 2012 puis nominé pour le César du meilleur court métrage, il a provoqué un véritable scandale lors de l’annonce de sa diffusion au festival du film de l’éducation. Pour beaucoup de parents, le film n’était tout simplement pas diffusable à des enfants, simplement car il avait été primé lors d’un festival LGBT à Saint-Etienne, et ce alors même que de nombreux autres festivals avaient honoré cette réalisation.

Pour Benjamin Parent, dont le film, diffusé en milieu scolaire, « n’est pas n’est pas né d’un désir de militantisme mais plutôt d’une expérience personnelle », l’explication fasse à ce rejet brutal est que l’accompagnement est rarement suffisant. « Pour beaucoup de personnes pouvant être définies comme homophobes, le rapport à l’amour est oublié, il n’y a qu’une notion d’acte physique, brutal» Pourtant, de nombreuses associations militent afin que ce court-métrage soit plus largement proposé aux élèves. En effet, les questions de l’orientation sexuelle sont traitées d’une manière simple dans le langage des jeunes eux-mêmes et cela les amènent à avoir plus d’ouverture d’esprit envers certains de leurs camarades, même si les phrases choquantes continuent d’être proférées lors de sa diffusion. Le réalisateur le reconnaît qu’ « il y a des milieux où exprimer son homosexualité, c’est se mettre en danger ».

L’Education nationale, acteur majeur pour un avenir meilleur

S’il y a bien une constatation qui met d’accord toutes les associations, c’est la manière dont la société française subit de plein fouet l’hétéronormalité, qui est la seule sexualité acceptée, voire même un référentiel culturel. L’école étant un lieu de prédilection pour le fondement des rapports sociaux., il faut s’attaquer aux stéréotypes et aux normes de genre. Pour Joëlle Braeuner, formatrice « genre et égalité » et doctorante en étude de genre et sociologie, il faut « former les professeurs et leur donner des moyens d’analyse qui leur permettent de se remettre en question eux-mêmes, d’identifier les champs de légitimité, de se positionner sur la notion de « valeur de neutralité ». La frontière entre vie publique et vie privée à l’école est mince et instable. De plus en plus de professeurs pensent être légitimes pour traiter certaines questions sociales, et c’est tant mieux, si cela va dans le bon sens ! »

Elle explique également qu’il est capital que les comportements homophobes et sexistes soient réprimés dès la maternelle. De son point de vue, le Ministère de l’Education nationale devrait ouvrir ses programmes à l’étude d’autres orientations sexuelles, en l’insérant dans plusieurs matières qui sont propices à cet apprentissage. Le français tout d’abord, langue sexiste par excellence de par ses règles érigées au XVIIIe siècle dans une société masculiniste. Joëlle Braeuner souligne que cette notion devrait être expliquée à tous lors de l’apprentissage des dites règles. Mais la langue française amène également des compréhensions bancales, preuves de l’état d’esprit général. « Lorsque l’on demande à des personnes ce que veut dire pour eux « Un grand homme » la majorité répondra « un homme important ». Si l’on remplace celui-ci par une femme, le discours se transformera quasiment pour tous en « Une femme de taille importante » » dénonce la sociologue, qui cite également la SVT, avec une approche plus large de l’éducation sexuelle, et l’histoire, dont les bases du féminisme n’apparaissent que tardivement et sont survolées.

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L’exemple suédois, symbole de diversité

Elise Devieilhe est docteure en sociologie. Elle travaille depuis des années sur le parallèle entre les cours d’éducation sexuelle dispensés en France et en Suède. Pour elle, ces formations sont la meilleure méthode pour lutter contre les LGBTphobies et des choses n’ont pas été faites de la bonne manière en France. En effet, une circulaire de 2003 imposait un certain nombre d’heures de ces cours pour les élèves en école primaire et au collège. Ces heures n’ont jamais été mises en place, « par manque de volonté politique ». L’espace pour aborder les questions de la sexualité existe mais est utilisé pour l’enseignement de la sexualité reproductive et « récréative » (risques de grossesses, MST, ect). L’approche est donc majoritairement négative et hétérocentrée. La France, contrairement à d’autres pays européens tels que la Suède, a une approche d’invisibilisation et d’exclusion des populations LGBT.

Cette situation est générée par l’hétéronormativité, qui est par exemple combattu depuis 10 ans en Suède. La « présomption d’hétérosexualité » domine. C’est pour cela que les homosexuels doivent réaliser leur coming-out, car leur sexualité n’est pas considérée comme « normale ». Pourtant, une relation hétérosexuelle suppose l’union d’un homme et d’une femme. Et 1,7% des enfants naissent intersexués. La question est donc à méditer.

Quand on observe les ouvrages destinés aux élèves français, on remarque très vite une ouverture d’esprit limitée. Les couples sont composés d’un homme et d’une femme. Les pratiques non pénétratives sont présentées comme des préliminaires et non comme un acte sexuel « réel ». En Suède, l’éducation sexuelle des enfants se fait grâce à un livre nommé « Le livre le plus important du monde ». Sur la couverture, toutes les ethnies, religions et sexualités sont représentés. Au fil des pages, l’homosexualité est évoquée dans chaque chapitre, faisant partie intégrante de la société. Les professeurs sont également invités à évoquer la question transgenre et à bousculer les normes établies.

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Hélas, il est peu probable que la mentalité tant appréciée des pays scandinaves n’arrive en France avant un certain temps. Raison de plus pour continuer de se battre et de soutenir les associations qui militent afin d’offrir à tout ceux définit comme « différents » de se faire une place dans la société.

Spice

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